ELLES TOURNENT

March 7, 2018

 

 

Fin janvier, je me suis rendue à la 10ième édition du FESTIVAL " Elles tournent " étant plutôt friande du grand écran. Le rendez-vous me tentait bien.

Ce festival est une carte blanche au cinéma construit, initié, chapeauté par des femmes et pour tout public, il met les pieds dans le plat sur cette absence de parité dans les métiers du cinéma et les représentations féminines dans le milieu. 

 

" Elles tournent " est une association qui a pour but de mettre l'accent sur un cinéma féminin très (trop) peu médiatisé et valorisé. Le festival a eu lieu le 25, 26,27 & 28 janvier dernier ( oui, désolé...je publie cela 1000 ans après ;-)) .

 

Durant 4 jours, au Bozar ( pour la soirée d'ouverture), le centre culturel Mundo B (pour la conférence) & le cinéma Vendôme diffusaient une sélection de films, de documentaires  réalisés par des femmes venant de plus de 20 pays différents.

 

 

 

J'ai assisté à la dernière journée et je l'ai débutée avec la conférence " Elles font des films ".  J'aime le cinéma et me rends souvent au cinéma sans pour autant être experte en la manière. Je choisis souvent mes projections par rapport aux critiques (en allant dans n'importe quel cinéma qui projette le film voulu) ou à l'offre du cinéma que j'affectionne : les Grignoux à Liège et le Centre Culturel Jacques Franck à Saint-Gilles ( Bruxelles). Sans chercher plus loin, j'y vais par curiosité ou pour me détendre.

 

J'ai démarré avec cette conférence pour un peu comprendre l'engagement de l'association. Comprendre ce problème de parité dans le milieu et ses conséquences chez elles ( femmes du métier), chez nous (cinéphiles) ou dans notre société. 

 

 

 

 

Le constat est là : durant les études on relève 50% de présence féminine sur les bancs pourtant plutard dans la profession on retrouve que 20% de femmes.

 

Comment se fait-il que entre l'état de formation et professionnalisation...les femmes aient disparues ?  " Elles tournent " et " Elles font des films" tentent d'alerter l'opinion publique et les acteurs de terrain pour que les femmes puissent être de réelles actrices du 7ième art en étant soutenues et visibles.

 

Il s'agit de déconstruire un schéma qui exclut 50% de sa composante de départ et d'une certaine manière par expansion 50% de ses spectatrices ( car les femmes sont elles aussi grande amatrice de cinéma).

 

Pour la petite histoire le collectif " Elles font des films" est né suite à la parution de cette photo diffusée en juin dernier et célébrant les 50 ans du Cinéma belge. Sophie Bruneau et 49 autres femmes du cinéma se sont rendues compte qu'il n'y avait que 6 femmes pour 41 hommes qui représentaient le paysage cinématographie belge selon le centre du cinéma.

 

 

Crédit photo - Service Audio Visuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles

 

Elles ont ainsi monté ce collectif et dans la foulée pris en photo ces femmes belges qui font vivre le cinéma et qui malheureusement sont invisibilisées par le système académique, politique, professionnel et sociétale.

 

 Crédit Photo - " Elles font des films "

 

Pourquoi parler de parité par le biais du cinéma ? Car le cinéma est à la fois un acteur/pionnier de notre société lorsqu'il innove/dérange/questionne l'ordre établi. Il peut aussi calquer/imiter celle-ci selon l'envie de l'équipe qui le propose au public. Un film n'est pas juste une œuvre artistique, il influence celui qui le regarde et peut du coup être un réel levier pour une déconstruction d'un schéma sociétale excluant. 

 

 

J'ai été bouleversée et interpellée par le témoignage d'une étudiante à l' IADE ( Institut des arts de diffusion) qui nous explique qu'étant en dernière année et en attente de sa bourse qui lui permettra de financer son film de fin d'étude. Elle s'est résolue...par dépit à réaliser un film qui ne lui ressemble pas car son professeur principale refusait sans cesse ses idées...jugées trop éloignées de la demande du public.

Elle disait que les professeurs encourageaient sans cesse les schémas sexistes, clichés tels que la femme déboussolée et anéantie...puis tout à coup sauvée par un homme.  Comme si la singularité ou l'originalité ne pouvaient pas être source de réussite. 

Elles explique qu'il y a une réelle aversion dans le corps professorale pour ouvrir le champ des possibles et oser proposer d'autres scénarios.

 

J'ai trouvé cela tellement révoltant quand 2018 des professeurs véhiculent l'idée que si une femme réussit c'est nécessairement parce qu'un homme l'a sorti de la galère comme si de nous-mêmes nous ne pouvions pas nous sauver. 

 

Pourtant le monde  anglo-saxon a compris que la DIVERSITÉ PEUT AUSSI ÊTRE UN BUSINESS RENTABLE...exemple très récemment avec le film BLACK PANTHERS ( hyper relayé par la communauté afro mondiale, ses sympathisants et les amateurs de comics. Le film a fait une entrée records dès le 1er week-end de distribution et 1 mois plutard il est toujours très rentable d'ailleurs c'est le meilleur des Marvel... je dois encore aller le voir =)).

 

Durant le débat, elles ont parlé du Québec, de l'Allemagne et de la Suède qui ont décidé depuis 20 ans de prendre des mesures en créant des collectifs pour questionner les pouvoirs décisionnaires et la société. Depuis 2010, plusieurs gouvernements légifèrent carrément pour amorcer ce changement. En 2012, la directrice de l'Institut du film Suédois Anna Serner a mis en place avec son équipe un plan pour la parité. Ce plan est assez intéressant car il se base sur 3 critères pour booster la parité sans  réellement  la nommer. Les films soutenus et co-financés par l'état sont sélectionnés sur la base de leur pertinence ( choisit-il un angle de lecture pertinent ?) , leur originalité ( trait-il d'un sujet peu abordé par le cinéma ?) et leur gestion ( est-il bien organisé sur un plan financier ? ).  Une mesure qui a très bien marchée car on s'est rendu compte que les projets féminins répondaient plus à ces critères ainsi le rééquilibrage se faisait sans " favoritisme annoncé" mais sur base de critères objectifs.  Elle aimerait arriver à 50/50 et ce plan l'aide beaucoup.

 

Une autre technique mise en avant depuis 2016 au Royaume-Uni, c'est le système de " POSITIVE ACTION " par le biais de quotas.

Je vous invite si cela vous intéresse d'en savoir plus à découvrir L’ÉTUDE EXPLORATOIRE menée par Jacqueline Brau, Florence Pauly et Nathalie Wuiame  dont le rapport est visible sur www.ellestournent.be

 Photo d'Anna Serner - Crédit photo André PICHETTE pour " La Presse "

 

A 14H20, je me suis rendue au cinéma Vendôme pour découvrir deux films. Le premier était un film chorale et le suivant un biopic.  J'ai aimé leurs réalismes, leurs gaités, leurs rythmes, leurs profondeurs et leurs castings.

 

 

Le premier était " Ouaga Girls " de Theresa Traore Dahlberg  ( réalisatrice suédoise ) sorti début mars 2018 en France...en Belgique, je ne trouve pas d'information mais n'hésitez pas à vous renseigner. Vous aurez peut-être plus de chance que moi ;-) . L'histoire se déroule à Ouagadougou ( capitale du Burkina-Faso), on y suit les aventures de 8 jeunes femmes qui décident de se former au métier de mécanicienne dans un centre féminin d’initiation aux métiers de l'automobile CFIAM ( sous la houlette de l'ONG Terre des Hommes qui favorise la réinsertion socio-économique des jeunes en particulier les filles) . Elles souhaitent prendre leur avenir en main, sortir de la précarité et elles savent que c'est un métier prometteur bien que très masculin. Elles découvrent qu'elles aussi ont de la force et sont capable d'accomplir des tâches dites " masculines ". Elles souhaitent sortir de chômage car au Brurkina-Faso la population est très jeune ( 45% de la population) et dans cette tranche de la population, il y a 53% de personnes sans emplois. C'est un travail de fond que Thérésa nous filme là : elles apprennent un métier, à lire et écrire ( car beaucoup sont analphabètes et elles ont également un cours d'éducation sexuelle pour promouvoir l'émancipation des jeunes filles) . Et le plus, c'est les séquences filmées face caméra lors des séances individuelles chez la psychologue présente dans le centre de formation. Cela apporte une profondeur à leurs actions et montre l'importance de ce diplôme pour chacune.

 

 

Le second était " The Art of Loving" de Maria Sadowska sorti en 2017 en Pologne et qui a eu beaucoup de succès. Une autobiographie qui retrace le combat de Michalina Wisłocka gynécologue avant-gardiste dans une Pologne communiste et censurée par l’Église catholique. Elle s'est battue pour le droit au plaisir sexuel des femmes en éditant un ouvrage " l'art d'aimer" et en militant pour la nécessité de cesser cette hypocrisie envers l'avortement et cette société qui exclue/condamne des femmes ayant une grossesse non-voulue. Comme si la sexualité masculine était belle, exhibée et applaudie alors que celle des femmes se devait d'être seulement au service du mari et jamais abordée car tabou.

Un film porté par Magdalena Boczarska une incroyable actrice, une esthétique très bien travaillée car le film se déroule dans les années 70 et il dure 2h mais on ne les voit pas passer car c'est assez bien mise en scène et rythmé. 

 

 

 

Je vois que je deviens fort bavarde du coup je vais vous laisser cette vidéo qui reprend un condensé de cette journée engagée et inclusive car rappelons - le ces femmes cinéastes ne militent pas pour dominer les hommes, plutôt pour la parité dans les métiers du cinéma qui servira et ravira quoi qu'il arrive les clients cinéphiles.  Elles sont dans une démarche d'énoncer clairement les choses par des études et des chiffres pour nous faire franchir des barrières ensemble.

 

 

Belle soirée à toutes et tous...à très bientôt !!

 

Marianne

xxx

 

 

 

 

 

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